Cisjordanie : une annexion de facto à un rythme sans précédent, selon deux ONG israéliennes
Israël contrôle désormais 18 % des territoires occupés en Cisjordanie, contre 7 % avant la guerre à Gaza. Un rapport des ONG Peace Now et Kerem Navot documente l'accélération de l'accaparement des terres, de la construction de routes réservées aux colons et des expulsions de communautés locales.

Une escalade administrative inédite
Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, Israël a multiplié les mesures administratives visant à redéfinir la propriété foncière en Cisjordanie occupée. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou a déclaré plus de 2 400 hectares de terres comme « propriété d'État » en 14 mois, un chiffre record qui ouvre la possibilité de leur attribution à des colons juifs[1]. Cette accélération administrative, jusque-là rare, s'inscrit dans une stratégie plus large de légalisation d'une centaine de colonies, dont le processus prend normalement des années[1].
La décision de juin 2024, qui a redéfini 1 270 hectares dans la vallée du Jourdain comme terres d'État, marque la plus vaste saisie de terres en Cisjordanie depuis plus de trois décennies[2]. Cette mesure, rendue publique le 3 juillet, illustre la volonté du gouvernement israélien de consolider son contrôle territorial dans une région stratégique, tout en discrétion administrative[2].
Routes, colonisation et expulsions : une colonisation systémique
Le rapport des ONG Peace Now et Kerem Navot met en lumière l'accroissement de la construction de routes réservées aux colons, qui fragmentent les territoires palestiniens et renforcent l'isolement des communautés locales[1]. Ces routes, souvent construites sans autorisation officielle, servent à créer des corridors de connexion entre les implantations juives, tout en empêchant la continuité territoriale palestinienne[3].
En parallèle, plus de 12 000 nouvelles unités de logement ont été approuvées pour les colonies, ce qui accélère la densification des implantations et réduit les espaces disponibles pour les Palestiniens[1]. Les expulsions de communautés locales, notamment dans les zones rurales de Cisjordanie, deviennent de plus en plus fréquentes, souvent justifiées par des motifs de « sécurité » ou de « propriété d'État »[1].
Ces mesures s'accompagnent d'une nouvelle plateforme numérique destinée à l'enregistrement des terres en Cisjordanie, accessible aux Israéliens et aux entreprises israéliennes[4]. Cette plateforme permet de modifier le fonctionnement de la propriété foncière en Cisjordanie, en ouvrant l'enregistrement des terres palestiniennes de la zone C à toute personne, y compris aux colons israéliens[4].
Enjeux géopolitiques et conséquences sur la création d'un État palestinien
L'annexion de facto de la Cisjordanie bat son plein sur le terrain, mais elle s'étend également au monde virtuel[4]. Cette stratégie vise à rendre impossible la création d'un État palestinien, en coupant la continuité territoriale palestinienne et en fragmentant les zones A, B et C[5]. La zone C, qui représente 60 % de la Cisjordanie, est entièrement sous administration israélienne, tandis que la zone B (22 %) est administrée par Israël pour la partie sécuritaire et par l'Autorité palestinienne pour la partie civile[5].
Les experts soulignent que cette escalade de l'accaparement des terres menace directement les négociations de paix et la viabilité d'un État palestinien[6]. Selon les données de l'ONG France 24, la décision du gouvernement israélien d'approuver l'installation de 19 colonies supplémentaires en Cisjordanie en décembre 2023 a été perçue comme un coup dur pour le processus de paix[6].
La fiabilité de ces rapports, confirmée par plusieurs sources indépendantes, indique une tendance claire vers une annexion progressive et systématique de la Cisjordanie[1][2][3]. Cette dynamique, soutenue par des mesures administratives et numériques, pose des questions graves sur la légalité internationale et les droits des Palestiniens[8].
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