Gaza, un an après le cessez-le-feu : la paix reste hors de portée
Un an après l’accord d’octobre 2025, Gaza reste dévastée. Les frappes, l’absence de retrait complet et le blocage politique empêchent toute reconstruction durable.

Un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, Gaza n’a pas basculé de la guerre vers la paix. Les échanges d’otages et de prisonniers ont marqué une rupture diplomatique, mais l’arrêt des opérations militaires n’a jamais été pleinement effectif. Des frappes continuent, les forces israéliennes contrôlent encore une partie importante du territoire et les habitants demeurent confrontés aux ruines, aux pénuries et à l’incertitude politique.
Un accord limité, sans mécanisme de sortie
Le plan américain conclu en octobre 2025 devait ouvrir une séquence en plusieurs étapes : suspension des combats, libération des otages, retrait partiel israélien, arrivée accrue de l’aide, puis désarmement du Hamas et retrait complet des forces israéliennes. La première phase a permis des libérations et une baisse des affrontements à grande échelle. Elle n’a toutefois pas réglé les questions les plus sensibles, renvoyées à des étapes ultérieures.
Cette architecture explique une partie de l’impasse actuelle. Le cessez-le-feu a gelé certaines lignes sans établir de souveraineté palestinienne, de calendrier contraignant ou de garanties suffisamment robustes pour imposer la mise en œuvre des phases suivantes. Selon des éléments diffusés par les Nations unies, les étapes consacrées au désarmement du Hamas, au retrait total israélien et au déploiement d’une force internationale de stabilisation n’ont pas été engagées.
Le contrôle territorial au cœur du blocage
La question militaire reste indissociable de la question politique. La ligne de désengagement prévue par l’accord laisserait aux forces israéliennes le contrôle d’environ 53 % de la bande de Gaza, selon des évaluations publiques. Dans ces conditions, la promesse d’une reconstruction apparaît difficilement compatible avec une administration fragmentée, des déplacements limités et la persistance d’opérations armées.
Pour Israël, le maintien d’une présence militaire répond à l’objectif déclaré d’empêcher une reconstitution des capacités du Hamas. Pour le mouvement palestinien et une grande partie de la population, cette présence prolonge une situation de domination et rend improbable toute normalisation. Le désaccord ne porte donc pas seulement sur le calendrier : il concerne l’autorité appelée à gouverner Gaza et les garanties de sécurité destinées aux deux sociétés.
Une urgence humanitaire qui ne se transforme pas en reconstruction
La baisse relative des combats n’a pas suffi à restaurer les conditions d’une vie ordinaire. Un bilan cité par les Nations unies fait état d’environ 1 394 Palestiniens tués depuis l’annonce du cessez-le-feu, portant le bilan depuis octobre 2023 à près de 73 900 morts selon les autorités sanitaires locales. Ces chiffres restent soumis aux conditions de vérification propres à un territoire en guerre, mais ils donnent la mesure de la violence persistante.
La crise des infrastructures ajoute une dimension durable au désastre. Environ 90 % des habitants connaîtraient des interruptions fréquentes d’accès à l’eau potable, tandis que 94 % auraient besoin d’un abri ou d’une aide destinée au logement. Le manque de carburant, de financements et de capacités médicales empêche de passer de l’assistance d’urgence à la remise en état des réseaux d’eau, des hôpitaux, des écoles et des logements.
La reconstruction dépend d’un accord politique introuvable
Le plan prévoyait une administration transitoire et un programme de relèvement élaboré par des technocrates palestiniens. Mais cette structure n’a pas pu s’installer à Gaza, alors que les désaccords sur le contrôle du territoire persistent. L’enjeu financier est considérable, mais l’argent ne constitue pas le seul obstacle : aucun chantier majeur ne peut être durable sans accès sécurisé, autorité reconnue et visibilité sur le statut futur de l’enclave.
Cette situation fragilise également les médiateurs et les parrains internationaux. Washington conserve un rôle central, mais son influence est mesurée à sa capacité à faire respecter les engagements, pas à l’ampleur du plan annoncé. L’absence de progrès nourrit la méfiance, réduit les marges de compromis et entretient le risque d’un retour à une guerre ouverte.
Quelles perspectives après un an ?
Trois conditions semblent déterminantes : un arrêt vérifiable des frappes, un calendrier précis de retrait et une formule de gouvernance palestinienne dotée d’une légitimité réelle. À cela s’ajoutent l’accès humanitaire sans entrave, le financement pluriannuel de la reconstruction et un horizon politique crédible pour les Palestiniens.
Sans ces garanties, le cessez-le-feu restera un arrangement sécuritaire précaire plutôt qu’un processus de paix. Gaza pourrait alors demeurer dans un entre-deux : assez calme pour éviter une offensive totale, mais trop instable pour permettre le retour des habitants, la reconstruction des services essentiels et l’émergence d’une solution politique.
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