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Madagascar : la jeunesse face aux promesses brisées de la junte

Un an après la chute d’Andry Rajoelina, la jeunesse malgache constate que la refondation annoncée n’a pas répondu aux urgences sociales ni aux attentes démocratiques.

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Illustration sobre d’Antananarivo évoquant la transition politique malgache, les coupures de services publics et la mobilisation de la jeunesse.
Illustration sobre d’Antananarivo évoquant la transition politique malgache, les coupures de services publics et la mobilisation de la jeunesse.

Le renversement d’Andry Rajoelina n’a pas ouvert la rupture politique espérée. Un an après la mobilisation de la jeunesse malgache, les coupures d’eau et d’électricité, la défiance envers les institutions et les soupçons de confiscation du mouvement par les militaires révèlent les limites d’une transition présentée comme une refondation.

Une révolte née des urgences quotidiennes

Le mouvement lancé à Antananarivo en septembre 2025 ne reposait pas d’abord sur une revendication idéologique. Il est né de problèmes concrets : délestages prolongés, accès irrégulier à l’eau, insécurité et sentiment d’abandon des services publics. Dans certains quartiers, les interruptions pouvaient atteindre douze heures par jour, transformant une crise de gouvernance en expérience quotidienne de précarité.

Les réseaux sociaux ont permis à une génération de lycéens, d’étudiants et de jeunes travailleurs de coordonner des rassemblements au-delà des structures partisanes traditionnelles. La référence à la « génération Z » renvoie ainsi moins à une organisation centralisée qu’à une culture politique nouvelle : mobilisation rapide, défiance envers les élites et exigence de transparence. La répression des premières manifestations, marquée par l’usage de gaz lacrymogènes, de matraques et de balles en caoutchouc, a élargi les revendications au respect des libertés publiques.

Le précédent des crises politiques malgaches

Cette séquence s’inscrit dans une histoire institutionnelle instable. Andry Rajoelina était déjà arrivé au pouvoir en 2009 à la faveur d’une crise ayant conduit au départ de Marc Ravalomanana. Ce précédent a durablement fragilisé la confiance dans les alternances extra-institutionnelles : lorsque la rue et l’appareil sécuritaire deviennent les arbitres du pouvoir, le changement de dirigeant ne garantit ni la consolidation démocratique ni l’amélioration des conditions de vie.

La chute de Rajoelina a donc créé une ambiguïté fondamentale. Les militaires ont pu se présenter comme les relais d’une volonté populaire, tout en s’installant au centre du jeu politique. Les cérémonies officielles organisées un an après les événements illustrent cette tension : elles cherchent à inscrire l’armée dans le récit national de la libération, alors qu’une partie de la jeunesse considère que ses revendications ont été récupérées plutôt que satisfaites.

Une transition confrontée à l’épreuve des résultats

La promesse de « refondation » se mesure désormais à des indicateurs très matériels. La continuité de l’électricité, l’accès à l’eau potable, la lutte contre la corruption et la sécurité constituent des tests plus décisifs que les déclarations institutionnelles. Or l’absence de progrès visibles nourrit l’idée que le changement de régime n’a pas modifié les mécanismes qui produisent la crise.

Le bilan humain du soulèvement pèse également sur la transition. Les Nations unies ont fait état de 22 morts après plusieurs jours de manifestations en 2025. Ce chiffre donne une dimension durable à la question des responsabilités : une transition qui ne clarifie pas les violences commises, ne protège pas le droit de manifester et ne garantit pas un cadre électoral crédible risque de reproduire la logique d’impunité dénoncée par les protestataires.

La question décisive : qui parle au nom de la jeunesse ?

Le mouvement a obtenu une victoire politique, mais il reste confronté à un problème de représentation. Son caractère horizontal a facilité la mobilisation, sans fournir nécessairement une équipe dirigeante, un programme économique ou une stratégie institutionnelle. Cette faiblesse permet aux forces établies de reprendre l’initiative et rend plus difficile le passage de la contestation à la gouvernance.

La suite dépendra donc de la capacité des organisations civiles, des syndicats et des étudiants à préserver leur autonomie tout en formulant des exigences vérifiables. Une transition crédible devrait notamment publier un calendrier politique, renforcer les mécanismes de contrôle des forces de sécurité et rendre compte des réformes promises. Sans ces garanties, la « refondation » restera un slogan, tandis que la frustration pourrait ressurgir sous une forme plus radicale.

À Madagascar, l’enjeu dépasse le sort d’un ancien président ou d’une junte. Il concerne la possibilité, pour une génération mobilisée contre des coupures d’eau et d’électricité, de transformer une colère sociale en institutions responsables. Le prochain test ne sera pas la capacité à renverser un pouvoir, mais celle à empêcher qu’un autre pouvoir bénéficie du même système de défiance.

Sources

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