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Géopolitique

Maroc : de nouvelles preuves confirment l'usage du logiciel espion Pegasus

Le Maroc continue de nier avoir utilisé Pegasus, malgré les révélations de 2021. Un nouveau consortium de 16 rédactions, soutenu par Amnesty International, apporte des éléments techniques accablants. L'usage du logiciel visait des journalistes et opposants, selon des témoignages et une note du renseignement français.

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Illustration abstraite représentant un réseau de surveillance numérique avec des lignes lumineuses connectées à une silhouette de carte, dans des tons bleu foncé et gris, style presse sérieuse
Illustration abstraite représentant un réseau de surveillance numérique avec des lignes lumineuses connectées à une silhouette de carte, dans des tons bleu foncé et gris, style presse sérieuse

Le royaume chérifien persiste dans son déni officiel, mais les faits s'accumulent. De nouvelles preuves techniques démontrent sans équivoque que le Maroc a bel et bien utilisé le logiciel espion Pegasus, développé par l'entreprise israélienne NSO Group. Cette confirmation émane d'un consortium international de 16 rédactions, coordonné par Forbidden Stories et appuyé techniquement par le Security Lab d'Amnesty International, qui relance l'affaire avec une force inédite[2].

Malgré les accusations répétées depuis 2021, le Makhzen récuse systématiquement ces informations, allant même jusqu'à attaquer ses détracteurs sur les réseaux sociaux. Pourtant, une note de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), versée au dossier d'instruction en France, établit que le Maroc, conjointement aux Émirats arabes unis, a utilisé des produits de NSO depuis au moins 2017[2]. Cette pièce officielle vient renforcer la crédibilité des révélations journalistiques face aux arguments juridiques du Royaume[4].

Un ciblage systématique de journalistes et d'opposants

L'analyse des données révèle que le logiciel n'a pas été employé pour des cibles dites « légitimes » dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, mais pour surveiller des journalistes français, des responsables de grands médias marocains et des opposants politiques. Les numéros de téléphones portables de Lénaïg Bredoux et d'Edwy Plenel, du journal Mediapart, figurent parmi les dix mille ciblés par les services secrets marocains[9].

Ces témoignages recueillis par les confrères du Monde confirment que les services français ont la certitude de l'utilisation de Pegasus par le Maroc depuis plusieurs années, et pas uniquement contre des cibles officielles[8]. L'objectif semble être le contrôle de l'information et la neutralisation des voix critiques, tant au sein du royaume qu'à l'étranger, notamment en France, où la diaspora et les opposants sont particulièrement surveillés[1].

La position ambiguë des services de renseignement français

Ce nouveau tour de l'escarcelle met en lumière l'embarras français vis-à-vis de son partenaire marocain. Si la DGSE a officiellement établi l'utilisation du logiciel, la réponse diplomatique de la France reste prudente, oscillant entre la nécessité de protéger les droits fondamentaux et les impératifs de coopération stratégique avec Rabat[8].

Les avocats du Royaume en France ont présenté toutes les preuves selon lesquelles le Maroc n'a jamais acheté, acquis ou utilisé Pegasus, mais la procureure de la République a considéré qu'il fallait ouvrir ce dossier plus largement, conduisant à une information judiciaire confiée à deux magistrats instructeurs en septembre 2022[4]. Cette enquête, toujours en cours, illustre la complexité juridique d'une affaire où la preuve technique s'oppose au déni politique solennel[8].

Conséquences géopolitiques et risques pour la démocratie

L'utilisation de Pegasus par le Maroc dépasse la simple affaire de surveillance : elle constitue une menace directe pour la démocratie et la liberté d'expression. Le logiciel, capable d'extraire toutes les données d'un téléphone (messages, photos, localisation), permet un contrôle absolu de la vie privée des citoyens, au-delà de tout cadre légal[10].

Les conséquences géopolitiques sont lourdes. Si le Maroc continue de nier, cela risque d'éroder la confiance de ses partenaires internationaux, en particulier en Europe, où la protection des données et des droits humains est un pilier fondamental. L'affaire pourrait également inciter d'autres régimes à adopter des technologies similaires, exacerbant la surveillance mondiale et menaçant l'intégrité des systèmes démocratiques[10].

Enfin, l'absence de sanction concrète, malgré les preuves accumulées, laisse planer un doute sur la volonté réelle des États à lutter contre l'usage illégitime de ces outils. Le Maroc, en tant que partenaire stratégique, pourrait continuer à bénéficier d'une certaine indulgence, au détriment de la justice et de la transparence[6].

Sources

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